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Pratique

Dans bien des traditions spirituelles, la notion de “pratique” occupe une place centrale. “Pratiquer” veut souvent dire prier, réciter des mantra, méditer, etc

Dans cette notion il y a souvent celle d’une progression, d’une amélioration, d’une purification du pratiquant, qui serait nécessaire pour atteindre l’état “pur”, suprême, éveillé, etc

Mais souvent des textes ou des “maîtres” ont insisté sur le fait que le pratiquant ne devrait pas pratiquer avec l’espoir d’une amélioration, ou la crainte d’un échec, mais de façon détaché et sans attentes…

Cet aspect semble bien souvent très largement ignoré, y compris par une grande partie des textes ou des maîtres qui les enseignent.

Pourtant il semble que si la pratique possède bien un certain pouvoir que j’appellerais “d’illumination du corps et de l’esprit par le cœur de ce que nous sommes”, le fait de la faire avec l’espoir d’une amélioration, avec un esprit qui n’a pas été remis à sa place, qui guide tout et se croit l’être que nous sommes, et qui prends comme “sien” tout ce qui arrive, ceci ne fait que renforcer cet esprit, qui développe l’impression d’être en train de contrôler et de produire son propre éveil.

Rien ne pourrait être plus faux. Tout ce qui arrive à notre corps ou à notre esprit en matière d’éveil, ou même de simple pacification, tranquillité, sérénité, vue large, assurance etc,  tout cela vient uniquement de notre cœur, et est absolument hors de contrôle de l’esprit.

Ceci devrait être très clair avant d’entreprendre la moindre pratique, sous peine qu’elle produise finalement, pour l’esprit, l’effet exactement inverse de celui recherché.

L’esprit n’est pas un moyen d’éveil. Ni un obstacle, d’ailleurs. Il n’est pas un terme important dans tout cela. Sans compter qu’il n’y a pas de route vers l’éveil, et pas vraiment d’éveil, mais ceci est une autre histoire…

Le cœur s’éveille à lui même, se connaissant éveillé depuis toujours, il découvre ce qu’il savait déjà, non évènement où le présent rejoint le passé et le futur et s’auto-englobe… un peu comme une sphère qui se retourne, l’intérieur devenant exterieur, d’elle-même, d’un coup et sans rupture… inexplicable mais très simple, hors des complications de l’esprit.

Le corps a ses peurs, son agressivité et son obsession de la mort, de la survie et de la sécurité. Le cœur éveillé peut l’illuminer de l’intérieur, et le détendre malgré ses faiblesses et au-delà de sa mort inéluctable. Il devient alors léger et détendu, avec ses forces et faiblesses, un véhicule merveilleux et cabossé, un moyen d’action avec ses limites, mais tellement émouvant et emphatique, la vie au milieu de la vie,au service de la vie.

L’esprit cherche à ordonner tout cela, à donner du sens et à contrôler, à poursuivre son activité dominante de maître de cérémonie, et de clown du roi, prêt à tout, absolument tout, pour une seule chose: exister, perdurer, occuper le terrain, être là, être… Le cœur éveillé illumine à travers l’esprit, l’englobe avec amour, lui pardonne tout, le cajole… et le remet à sa place, des pensées qui se suivent, discontinues, parfois utiles, parfois belles, mais jamais  autre chose, jamais la vie, jamais tout, jamais un être, jamais moi.

Notre fibre

Si on cherche une “raison” à notre présence dans cette vie, en allant au fond des choses, peut-on trouver autre chose que l’amour, à recevoir et à donner? Même un guérillero, ou un terroriste convaincu par sa cause, auraient sans doute la même motivation profonde (même si c’est pour l’amour d’un dieu, au final, ca revient au même).

Si, se méfiant de possibles “raisons” qui supposent une “volonté” ou un “plan” à l’œuvre dans l’univers, on cherche simplement ce qu’on peut faire, ce pour quoi nous sommes “bien adaptés”, ce qui semble être “notre créneau”… En allant encore une fois au fond des choses, peut-on trouver autre chose que l’amour?

Cet amour inconditionnel, cette conscience du tout alliée à la capacité simple, naturelle mais ô combien incroyable d’aimer tout ca, de l’englober, de comprendre et pardonner, et d’aimer jusqu’à un rocher ou une vague… Cela semble bien être notre spécialité, ce qui nous définit, ce qui nous rassemble et nous unit, par dessus tout.

C’est notre raison d’être, et notre meilleur coté, notre bonheur le plus simple et le plus pur. Il faut le voir en soi. Ca simplifie beaucoup de choses.

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